Le Vatican a vivement réagi à une nouvelle campagne de Benetton où l’on voyait le pape Benoit XVI embrasser un imam. Par respect à la fois pour le pape et pour les catholiques dont il est le « chef », on a souligné ce que cette publicité pouvait avoir d’abusif. La réponse est venue rapidement. Benetton a retiré cette publicité, tout en maintenant les autres où l’on voit, par exemple, le président Obama embrasser Chavez.
Le contexte. Il faut rappeler que ce n’est pas la première fois que Benetton lance une campagne publicitaire qui soulève des réactions. Plusieurs fois, dans le passé, cette compagnie s’est vue reprocher son audace, tout en devenant presque un symbole du manque de respect. Des personnes, mais aussi de grandes valeurs, ont ainsi été « bafouées » dans des publicités Benetton. Au point qu’il est même permis de se demander pourquoi la compagnie a tenu aussi rapidement compte de la réaction vaticane. Quelle ficelle était disponible et qui s’est avérée aussi efficace? Mais ce n’est pas ce qui retient le plus mon attention.
Malaise. Je comprends la réaction du Vatican et je crois aussi qu’il y a des personnes, des institutions et des valeurs qui méritent le respect. J’ai déjà évoqué la longue pratique de Benetton, qu’il faut bien inclure dans le dossier quand on veut évaluer la situation. Mais mon malaise vient d’ailleurs. Qu’est-ce que le retrait de cette publicité signifie pour la communauté ecclésiale. S’il vient d’une manœuvre de pouvoir qui a obligé Benetton à se rétracter, est-ce que c’était opportun d’aller jusque là? Si c’est Benetton qui a volontiers pris en considération le grief du Vatican et qui a voulu en faire un cas d’exception, puisque les autres publicités continuent de circuler, on peut se demander quel sera le prix de cette manœuvre pour l’Église? Pour les non-catholiques, mais surtout pour les adversaires, cette démarche exceptionnelle ne deviendra-t-elle une autre occasion de déprécier l’Église, de lui reprocher ses privilèges et de dénoncer une « grandeur » peu évangélique? En ce sens, il est permis de croire que le président Obama n’est pas très fier du traitement qu’il a reçu, mais en acceptant de jouer le jeu et d’être victime d’une pratique, par ailleurs souventes fois dénoncée, il se fait du capital de popularité. Est-ce que l’Église doit toujours faire la fine bouche et refuser les conditions médiatiques que notre époque impose?
Je m’interroge publiquement, non seulement pour partager mon malaise, mais pour entendre des opinions complémentaires, opposées ou autres, susceptibles de faire avancer la réflexion.
Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

J’ai lu avec grand intérêt votre commentaire, très équilibré (les excès de Benetton) et je trouve très pertinente la dernière question : “Est-ce que l’Eglise doit toujours faire la fine bouche et refuser les conditions médiatiques que notre époque impose ?” Je n’ai pas de réponse toute faite mais je trouve qu’il faut la poser et se la poser.
Quelle est la nécessité d’associer l’image du Pape à une telle publicité?
Peut on aspirer à un monde en paix sans respecter les convictions religieuses des autres?
Une poignée de main ne suffirait elle pas pour donner ce message?
Au délà du message de Bennetton quelle serait l’impact d’une telle image sur l’Église sans la réaction officielle du Vatican
Lorsque j’ai vu ces publicités hier, la première que je me suis dite en moi-même est : wow! Quelle force ces images qui mettent en valeur le baisé, symbole par excellence de l’amour! Au départ, je pensais à une campagne pour la paix dans le monde ou quelque chose comme cela.
Ensuite la controverse arrive. J’apprends que c’est une campagne de Benetton (organisation que je ne connais pas, honte à moi) et qu’une des images celle du pape et d’un imâm a été retirée.
Deux questions : qui était cet imâm et est-ce que les pressions sont venues uniquement du Vatican?
Et pourtant, il me semble que dans notre monde hyper sexualisé, que ces publicités revalorisent enfin un éros qui n’est pas, pour une fois, pornographique, mais qui fait appel à la valeur transcendante de l’amour. L’amour qui dépasse les frontières et unit les communautés (au sens étymologique d’église).
Peut-être devrais-je m’informer sur les intentions de Benetton avant d’affirmer cela!
Pour répondre à votre question. Le Vatican aurait dû en mon sens utiliser à ses propres fins cette même campagne. Cela aurait été une réponse appropriée à l’époque médiatique dans laquelle nous vivons. Exactement comme un hérétique servait, malgré lui, la cause de l’Église!
es ce sure que le pape y était en image c’est la première question k je me pose ? et bennetton a til de bonne ressource?
D’accord avec Daniel Proulx. Et j’ajoute que la publicité est une occasion de plus pour se questionner sur les valeurs que nous voulons valoriser. Il est impossible de renverser la vapeur des méga-campagnes publicitaires de l’image et des marques. Elles seront toujours là à vouloir alimenter le mouvement des consommateurs, et augmenter les groupes de fidèles (!) envers un “logo” – et même “fidéliser” leur clientèle par des affirmations de cette sorte, ici comportant un fort message de transcendance, de paix et d’amour. Si cette campagne réussit quelque chose, c’est de nous questionner sur ce qu’on veut vraiment…
Personnellement, je trouve que cela montre le double standard que nous avons en Occident.
Quand les musulmans ont été peinés des caricatures sur leur prophète, tous les laïcs se sont offensés de la demande, j’espère que vous goûterez à la même médecine de la part des laïcs. Pourquoi, parce que les chrétiens de l’Occident ne se sont pas élevés avec force contre cette attitude de mauvais goût contre leurs frères et sœurs abrahamiques et pour le droit aux croyants de différentes religions d’être décrits avec respects… parce qu’ils auraient dû s’élever au point de faire entendre clairement aux croyants de d’autres religions que les chrétiens en Occident ont un sens des valeurs basés sur la justice. Je l’espère seulement parce qu’il y a l’espoir que cela ouvre les consciences…
Ce qui crée le conflit, c’est le double standard et l’incapacité des témoins de s’élever contre les “bullies”, contre ceux qui veulent avoir du pouvoir ou des privilèges à n’importe quel prix et qui sont extrêmement arrogants. La violence et l’extrémisme de certains groupes laïcs faient aussi peur que celle du dogmatisme religieux.
Quand j’étais jeune, comme ceux de ma génération, je m’en suis prise au dogmatisme de la religion catholique, mais quand j’ai vu mes compères qui avaient dénoncé la religion devenir aussi dogmatiques que les curés, j’ai réalisé que c’était le dogmatisme qui était problématique pas la religion. Je ne suis pas devenue croyante pour autant, mais j’ai développé mon esprit d’ouverture à l’autre.
Pourquoi ce besoin de mettre les autres mal à l’aise, pourquoi ne pas avoir trouver le moyen de retirer de la circulation ces caricatures contre Mahomet ou comme celles du pape et des politiciens… Le manque d’éthique est une autre source majeure de conflits actuellement et l’argument préféré des “bullies”. Il faut dénoncer les mauvaises décisions qui nuisent au bien commun ou abus de certains individus, mais s’en prendre à la personne pour la rendre mal à l’aise ce n’est pas une stratégie utile pour la paix. Je trouve que la campagne de Benneton m’a davantage fait penser au baiser de Judas… qu’au baiser de la paix….
Je ne suis pas facilement offensé, mais je trouve personnellement que la nouvelle campagne publicitaire de Benetton est de très mauvais goût et m’encourage à ne pas acheter leurs produits. En souhaitant faire connaître une fondation qui désire promouvoir une culture de tolérance et combattre la haine, Benetton accomplit exactement le contraire en mettant de l’avant une campagne publicitaire irrespectueuse et méprisante. La tolérance et l’amour commencent là où il y a un respect de l’identité de l’autre, dans TOUT ce qu’il est. Est-ce que cela me donne le goût de rêver à un monde meilleur quand je vois deux hommes hétérosexuels s’embrasser à l’aide d’un montage graphique? Non. Serais-je amusé de voir une publicité mettant en vedette mon père embrassant un autre homme? Non. Serais-je amusé de voir une publicité mettant en vedette un de mes amis homosexuels embrasser une femme. Non.
Que ce soit pour Sarkozy, Merkel, Chavez, Obama ou Benoît XVI, cette publicité manque d’intelligence et d’imagination. Toutes ces personnes ont des choses plus importantes à faire que vendre des chandails et je crois que le Vatican a fait beaucoup plus pour le dialogue interreligieux au cours des dernières décennies que la belle industrie capitaliste de la mode… Loin de condamner la réaction du Vatican, je considère qu’il a agit de manière à se faire respecter. Je me réjouis de la réaction de la Maison Blanche et j’espère que les autres personnes concernées emboîteront le pas. Les figures politiques sont évidemment “fair game” pour les médias, mais contrairement à ce qu’on retrouve dans une caricature par exemple, ces publicités sont dépourvues d’humour et ne passent aucun message, si ce n’est que le mépris et le manque de respect.
J’espère que cette réaction du Vatican sera vue non pas comme une attitude de vierge offensée, mais comme un appel au respect qui est à mon avis plus bénéfique qu’un silence passif et docile. Loin de demander de se faire malmener à répétition, l’enseignement de Mt 5,38-41 est une invitation à se faire respecter. Se faire frapper sur la joue droite, c’est recevoir une giffle condescendante du revers de la main d’un maître; présenter l’autre joue, c’est-à-dire la joue gauche, c’est demander d’être frappé comme un adversaire qu’on considère sur le même niveau. C’est, de manière subversive, un appel au respect et au dialogue. “Veut-il te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau” (Mt 5,40) aurait peut-être été un meilleur slogan pour Benetton…
Ce qui me choque dans tout cela, c’est que le tout s’est probablement déroulé comme Benetton l’avait prévu, et même espéré. Benetton (2 milliards d’euros de chiffre d’affaires) a utilisé une stratégie de communication bien connue, et très efficace, mais qui n’est utilisée que par des compagnies qui placent bien bas l’éthique dans leurs valeurs : on lance une bombe, qui fait beaucoup parler, et on la retire rapidement, ce qui fait encore plus parler et qui donne l’impression que la compagnie tient compte des plaintes.
Le Vatican est tombé dans le panneau. Sur le principe, le Vatican avait raison de s’opposer à cette manœuvre bassement mercantile. Mais le Vatican aurait sans doute mieux fait de se taire, et même de se réjouir de voir le Pape encore figurer parmi les grands de ce monde.
Très juste, Richard!
[...] crois que Richard Côté a bien résumé la situation et qu’effectivement il est possible penser que tout le branlebas [...]
Cette stratégie s’appelle : à tous les coups/coûts/on gagne ! le Vatican ne pouvait que perdre… quoi qu’il fasse ! La stratégie de Benetton est entièrement dans cette dynamique.
Je suis plutôt choqué qu’un doyen de faculté de théologie se donne la peine de se poser cette question. Mgr Marc Ouellet nous a dit plusieurs fois que la théologie était pauvre au Québec, je commence a le comprendre. Le Saint-Père n’a pas a devenir populiste comme un politicien. Il a être un collaborateur de la Vérité. Il me semble que juste ce fait explique tout. On n’a pas besoin d’en tire plus. Un doyen de faculté devrait aussi être avant tout un collaborateur de la Vérité. Dans votre cas, je me pose vraiment la question.
L’Église a souvent été critiquée pour son incapacité à se remettre en question.
Il est admirable de voir que certains de ses membres osent continuer à douter, à se questionner, à ouvrir des espaces de discussion et de dialogue (c’est d’ailleurs l’une des missions de la FTSR). Il s’agit là d’un des principes fondateurs de l’évolution humaine… Évitons le piège de l’argumentum ad hominem.