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Présence magazine 159La nouvelle commence à circuler. Le Conseil d’administration de Présence magazine a décidé de mettre fin aux opérations avec le prochain numéro. Celui qui est paru la semaine dernière est l’avant-dernier et le porteur de la triste nouvelle.

Des proches, qui connaissent mon investissement à la direction de ce magazine pendant de nombreuses années, m’ont dit que je devrais écrire quelque chose à l’occasion de cette mort annoncée.

Je mets de côté tout commentaire qui viserait à remettre en question la décision prise ou qui verserait dans la seule nostalgie. Je vais plutôt essayer de parler de la vocation de Présence, en espérant peut-être faire naître un nouveau projet qui pourrait reprendre le témoin et continuer le service.

Présence magazine a été reconnu pour la qualité de sa présentation matérielle, pour la nouveauté de ses informations et la diversité de ses thématiques. Mais au-delà de tout cela, la valeur première de cette publication a été d’offrir un lieu de réflexion critique et libre sur la foi chrétienne tel qu’elle se vit chez nous et autour de nous. Que les commentaires de lecteurs aient été publiés ou non au cours des ans ne changent pas grand-chose à l’affirmation constante : continuez votre travail, l’Église d’ici a besoin d’une parole comme la vôtre.

Cette parole va bientôt se taire. Mais le besoin qu’elle essayait de satisfaire en partie va lui survivre. Trouvera-t-on quelque part, dans internet ou ailleurs, un moyen de prolonger le service rendu au cours des années de publication?

L’appel est lancé. Puisse-t-il être entendu, de préférence par des jeunes, parce qu’il faudra beaucoup de force, de créativité et d’énergie pour entreprendre cette nouvelle aventure et que des jeunes risquent de pouvoir la soutenir plus longtemps.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Fin du drame!

J’exagère en parlant de drame et je vais sans doute encore énerver certains lecteurs de ce blogue qui s’attendent à des propos plus théologiques, mais nous sommes à quelques jours du super bowl et vous me permettrez donc encore un mot de football.

Joe Paterno n’est plus. Il est décédé des suites d’un cancer du poumon et ses funérailles devraient rassembler une foule impressionnante, puisque 10,000 billets pour y assister ont été vendus en quelques minutes.

Je continue de croire que «le coach» a été une victime innocente dans cette espère de procès publique qui a fait de lui un bouc émissaire l’automne dernier. Quelques jours avant sa mort, il a encore répété qu’il aurait dû parler davantage au moment où il a été informé que son assistant aurait commis des actes de pédophilie. Je ne reviens pas sur les faits, ni sur ses raisons de cet aveu avant de partir.

J’attire tout simplement notre attention à tous sur les effets de la justice traitée sur la place publique par médias interposés. Bien sûr, on ne pratique plus de lynchage physique spectaculaire et on prétend même agir au nom de la transparence et de la sainte information. Mais regardons les choses en face. Le cancer du poumon est souvent décisif et dans des délais pas très longs. Mais quand même! Comment expliquer qu’un homme qui était encore «sur les lignes de côté» l’automne dernier parte aussi vite. Même le jour où il a exprimé ses derniers regrets sur son silence, il n’avait pas l’air d’un homme à la toute veille de mourir. En tout cas, beaucoup moins que Jack Layton lors de sa dernière apparition publique.

Je veux souligner par cet exemple comment les procès sur la place publique ont un effet néfaste sur leurs victimes. Tout le monde n’en meurt pas, mais tous en souffrent profondément et surtout, beaucoup d’innocents ne s’en remettent jamais. Combien de personnes du monde l’éducation ont ainsi vu leur carrière, mais aussi leur vie matrimoniale et familiale détruites par des accusations qui ne se sont pas avérées? Quand allons-nous apprendre à donner la chance au coureur et à jouer vraiment la présomption d’innocence?

Pour ma part, je m’engage à faire tout en mon possible pour qu’on arrête ces exécutions publiques, rapides et souvent abusives.

Jean-Claude Breton

 

Après la canonisation du Frère André, en 2010, l’Église catholique soulignera prochainement celle de Kateri Tekakwitha, à une date qui reste à déterminer. Considérée comme une sainte chez les Mohawks catholiques au même titre qu’Alfred Bessette chez les Canadiens français, le « Lys des Agniers » attendait sa reconnaissance depuis 300 ans. Sans doute le clergé canadien français puis québécois s’est-il senti davantage concerné par le frère André que par une Amérindienne, ce qui explique sans l’ombre d’un doute qu’il ait fallu beaucoup plus longtemps pour que Kateri fasse l’objet d’une reconnaissance « universelle ». Que penser de cet événement?

Son importance est symbolique et réelle. Quelles figures autochtones le clergé catholique a-t-il présentées aux premiers intéressés jusqu’à aujourd’hui? On pense spontanément aux innombrables et anonymes bénéficiaires de la mission chrétienne : jamais vraiment sortis de la tutelle missionnaire, telles ces dociles écolières amérindiennes des Soeurs Grises ou des Ursulines; ou encore, aux cruels Iroquois suppliciant les Saints Martyrs canadiens, inconscients ou ingrats face au don de la foi; aux « sorciers » dépositaires d’une religion superstitieuse ou diabolique, qu’il fallait éradiquer au profit de la vraie religion, celle des Blancs. Dans cette mémoire humiliée, il est temps que quelqu’un acquière une valeur d’exemple de vie : aux yeux des Autochtones, qui connaissent depuis toujours Kateri, à défaut de la voir prise au sérieux par d’autres qu’eux; aux yeux des non-Autochtones, qui n’ont généralement pas une perception avantageuse de leurs vis-à-vis.

Cette canonisation est annoncée au moment où se tiennent les travaux de la Commission Témoignage et Réconciliation sur les pensionnats autochtones. Le geste symbolique s’inscrit dans un contexte qui en montre aussi les limites. La même culture catholique qui célèbre aujourd’hui Kateri Tekakwitha a animé un projet gouvernemental qui n’a jamais caché sa visée ethnocidaire, étalée sur des pages et des pages d’archives. Le contentieux reste grand entre l’Église catholique et les communautés autochtones, qui essuient encore les traumatismes profonds de ces pensionnats. Aujourd’hui, 80 000 anciens pensionnaires, dont une bonne part de catholiques (ainsi que leurs proches qui ont encore à vivre avec les répercussions de ces traumatismes), mettent en balance le geste qui honore Kateri, et les non-excuses de l’Église catholique aux survivants. Non-excuses qui restent blessantes malgré les autres pas positifs faits par les instances catholiques à l’égard des anciens pensionnaires. Le chemin vers la « réconciliation » comporte plusieurs étapes, cette canonisation en est une parmi d’autres, et certainement pas la plus difficile.

Parmi les étapes auxquelles on peut rêver, à quand l’établissement d’une structure de représentation effective des Autochtones dans l’Église catholique canadienne? Par exemple, pourrait-on imaginer un diocèse non-territorial autochtone? Actuellement, les communautés sont dispersées à travers des diocèses dont les délimitations ne correspondent pas forcément aux délimitations territoriales des Premières Nations.

Kateri Tekakwitha fait l’objet d’appréciations variables chez les Autochtones. Les uns se réjouissent aujourd’hui de voir honorée une véritable sainte catholique; d’autres n’y voient que la glorification d’une Amérindienne assimilée par la religion des conquérants; d’autres enfin, se reconnaissent dans la femme autochtone qui aurait su unifier la foi au Christ et sa culture d’origine, jamais reniée.

Ces trois appréciations reflètent les trois positions-types qu’on rencontre chez les Autochtones contemporains face au christianisme. Parmi ces positions, celle de la rupture avec le christianisme s’est amplifiée, en partie à cause de l’histoire des pensionnats. La célébration de la sainteté de Kateri Tekakwitha aurait sans doute eu plus d’écho il y a 25 ans, à l’époque où Jean Paul II lançait son célèbre « le Christ est amérindien », et où le sujet des abus survenus dans les pensionnats était encore un tabou parmi les Autochtones. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes autochtones n’en sont plus là. L’Église catholique a beaucoup à faire pour qu’une réconciliation soit possible.

Jean-François Roussel, vice-doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Indignés… en Église!

Occupons Montréal

Durant l’opération « occupons Montréal » au square Victoria, une déclaration/invitation est passée quasi inaperçue. L’abbé Raymond Gravel, réputé pour ses prises de position « questionnantes », a invité l’Église catholique de Montréal à soutenir cette initiative des indignés. Diffusée pendant quelques heures, cette « nouvelle » a vite été noyée dans les mesures prises pour mettre fin à l’occupation.

On peut facilement comprendre d’où cette inspiration lui était venue, si on connaît un peu le discours que l’Église entretient depuis quelques décennies en faveur des pauvres. Option née et développée en Amérique latine, l’option préférentielle pour les pauvres est souvent évoquée dans les Églises d’Afrique, mais un peu partout ailleurs dans le monde. De fait, ce discours récent reprend des composantes de l’enseignement chrétien, avec référence à son enracinement dans la tradition juive où les pauvres avaient aussi un statut privilégié.

On sait, par ailleurs, comment les derniers papes, Jean-Paul II et Benoit XVI, ont essayé de réprimer cette option, en raison de sa proximité avec la théologie de la libération, à laquelle on trouvait une parenté excessive avec la pensée marxiste. Derrière ce geste, on peut aussi lire la présence d’un désir vrai et réel d’aider les pauvres, mais aussi une hésitation flagrante à critiquer les systèmes qui engendrent la pauvreté. En Amérique latine, par exemple, les évêques qui avaient manifesté des sympathies pour la théologie de la libération ont presque tous été remplacés par des membres ou des sympathisants de l’Opus Dei.

Il n’est donc pas étonnant que l’invitation de l’abbé Gravel n’ait pas été relevée. On peut comprendre que, devant l’imprécision des objectifs du mouvement « occupons Montréal », les autorités aient eu des hésitations à poser des gestes publics. Je sais aussi que des prêtres, dans leur ministère, ont souligné à l’occasion le bien fondé de certaines questions soulevées par les indignés.

Tout n’est donc pas noir ou blanc dans ce dossier. Mais une question demeure, qui doit toujours habiter les croyants : comment l’évangile pouvait-il être le mieux servi dans les circonstances?

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Benetton a gagné!

Je crois que Richard Côté a bien résumé la situation et qu’effectivement il est possible penser que tout le branlebas médiatique autour des embrassades de grands personnages a porté son fruit pour Benetton. Sans aucune crise paranoïaque, il faut reconnaître que la compagnie a réussi, encore une fois, à se donner un rayonnement médiatique que même les plus riches réussissent difficilement à s’acheter.

Je prends acte, mais il me reste une question. Qu’est-ce que les « victimes » de ces pratiques agressives pourraient faire pour limiter les dégâts, faute de pouvoir éliminer tous les dommages? Quelle réaction permettrait aux personnes ou institutions agressées de sauver leur honneur, sans contribuer au succès de l’agresseur? Dans le cas récent, comment les personnes utilisées pouvaient-elles réagir, ou pas, et espérer éviter toute complicité avec la démarche publicitaire de la compagnie (que je nommerai plus à partir d’ici et vous devinez pourquoi)?

Le dilemme est le suivant. Ne rien dire équivaut à consentir ou réagir devient un facteur précipitant pour l’entreprise de publicité. Et si la réaction devenait une façon de détourner l’action initiale. Les photos récentes suggéraient des rapprochements peu probables, mais souhaitables pour l’avancement de la paix dans le monde. C’est au moins une lecture possible. Imaginons qu’un ou plusieurs des personnages concernés ait repris la photo pour en faire un message de paix explicite. Genre : « Je reconnais que la quête de paix peut avoir des exigences très grandes, même si ne je suis pas d’accord avec l’utilisation faite de mon image. »

Bon, je sais que cette pauvre suggestion ne règle pas tout et qu’elle mériterait d’être travaillée et complétée. Mais elle ouvre une piste dont les amateurs de voile comprendront la valeur suggestive. Quand le vent est contraire, il vaut mieux essayer de louvoyer que de se braquer face à la tempête.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Obama et Chavez

Le Vatican a vivement réagi à une nouvelle campagne de Benetton où l’on voyait le pape Benoit XVI embrasser un imam. Par respect à la fois pour le pape et pour les catholiques dont il est le « chef », on a souligné ce que cette publicité pouvait avoir d’abusif. La réponse est venue rapidement. Benetton a retiré cette publicité, tout en maintenant les autres où l’on voit, par exemple, le président Obama embrasser Chavez.

Le contexte. Il faut rappeler que ce n’est pas la première fois que Benetton lance une campagne publicitaire qui soulève des réactions. Plusieurs fois, dans le passé, cette compagnie s’est vue reprocher son audace, tout en devenant presque un symbole du manque de respect. Des personnes, mais aussi de grandes valeurs, ont ainsi été « bafouées » dans des publicités Benetton. Au point qu’il est même permis de se demander pourquoi la compagnie a tenu aussi rapidement compte de la réaction vaticane. Quelle ficelle était disponible et qui s’est avérée aussi efficace? Mais ce n’est pas ce qui retient le plus mon attention.

Malaise. Je comprends la réaction du Vatican et je crois aussi qu’il y a des personnes, des institutions et des valeurs qui méritent le respect. J’ai déjà évoqué la longue pratique de Benetton, qu’il faut bien inclure dans le dossier quand on veut évaluer la situation. Mais mon malaise vient d’ailleurs. Qu’est-ce que le retrait de cette publicité signifie pour la communauté ecclésiale. S’il vient d’une manœuvre de pouvoir qui a obligé Benetton à se rétracter, est-ce que c’était opportun d’aller jusque là? Si c’est Benetton qui a volontiers pris en considération le grief du Vatican et qui a voulu en faire un cas d’exception, puisque les autres publicités continuent de circuler, on peut se demander quel sera le prix de cette manœuvre pour l’Église? Pour les non-catholiques, mais surtout pour les adversaires, cette démarche exceptionnelle ne deviendra-t-elle une autre occasion de déprécier l’Église, de lui reprocher ses privilèges et de dénoncer une « grandeur » peu évangélique? En ce sens, il est permis de croire que le président Obama n’est pas très fier du traitement qu’il a reçu, mais en acceptant de jouer le jeu et d’être victime d’une pratique, par ailleurs souventes fois dénoncée, il se fait du capital de popularité. Est-ce que l’Église doit toujours faire la fine bouche et refuser les conditions médiatiques que notre époque impose?

Je m’interroge publiquement, non seulement pour partager mon malaise, mais pour entendre des opinions complémentaires, opposées ou autres, susceptibles de faire avancer la réflexion.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Joe Paterno

Rassurez-vous, je ne me lance pas dans un commentaire sur le vêtement, mais sur le football, pour lequel mes amis me reconnaissent un penchant.

La situation. Aux États-Unis, à l’Université Penn State, le coach de l’équipe de football est en voie de perdre l’appui de la direction de son institution et d’être poussé à la démission.

Pourquoi. Sans entrer dans les détails, voici le résumé. Il y a quelques années, un de ses assistants est vu en train d’abuser sexuellement de jeunes garçons. Informé, Joe Paterno, le coach, met son supérieur et le responsable de la sécurité de l’université au courant. Ces derniers ne font rien, mais à la diffusion de la nouvelle ces jours-ci, ils démissionnent tous les deux. Depuis, un mouvement s’organise pour demander la démission de Paterno ou son renvoi, s’il ne démissionne pas.

Qui est-il? Paterno a 84 ans, il est le coach de Penn State depuis 46 ans et il est devenu une légende dans le monde du football collégial américain. Son comportement est exemplaire et il a même sa statue sur le campus!

Mais ce n’est pas la légende qui retient mon attention. Je m’interroge sur la rapidité et l’intensité avec lesquelles on organise une sorte de lynchage moral. Est-ce que dans notre société contemporaine on est arrivé au point où toute faute d’ordre sexuel contre les jeunes devient une raison pour condamner tous les témoins sans aucune forme de discrimination ou de réflexion? Est-ce que, au nom de la tolérance zéro, par ailleurs indiscutable, on va accuser et mener au pilori toutes les personnes qui auraient pu être au courant de la situation et qui n’ont pas réussi dans leurs efforts pour la dénoncer?

Revenons à l’exemple concret, non pas pour régler la cause, mais pour bien comprendre. Qu’est-ce que Paterno aurait pu faire de plus que d’informer son supérieur et le directeur de la sécurité? Compte tenu de la présomption d’innocence, qui existe même dans les cas de délits sexuels (on a vu des jeunes dénoncer faussement des adultes de leur entourage pour se venger de décisions sévères, quand ce n’était pas pour s’amuser!), il se devait quand même d’éviter les gestes qui pourraient détruire la réputation d’un innocent.

L’histoire va décider du sort de Paterno. Mais ce cas ne devrait-il pas nous faire réfléchir sur les tendances que la société développe, à l’écoute des modes transitoires, face à des problèmes qui font la manchette. Qu’on me comprenne bien. Je ne veux pas oublier les victimes. Je ne veux pas plus excuser les vrais coupables. Mais l’hystérie collective et les manipulations criantes de l’opinion, ne sont-elles pas en train de nous faire perdre tout sens critique? Les abus sexuels avérés sont condamnables et leurs responsables doivent être punis et même empêchés de récidive. Mais faut-il condamner pour autant les innocents qui entourent ces situations?

La question est délicate, complexe et elle demande une réflexion plus approfondie. Mais il nous revient de l’aborder et de la retenir, au risque de verser dans de nouveaux abus, qu’une prochaine « mode » rendra tout à fait inacceptable. Souvenons-nous de la chasse aux sorcières d’autrefois et demandons-nous qui sont les sorcières d’aujourd’hui.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

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