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Au nom de la longue amitié entre Dialogue judéo-chrétien et la Faculté de théologie et de sciences des religions, il nous fait plaisir de diffuser le présent communiqué de presse.

Montréal, QC – Une semaine avant que la Commission des institutions de l’Assemblée nationale commence les auditions publiques sur le projet de loi 60, le Dialogue judéo-chrétien de Montréal (DJCM) a mis en ligne sur YouTube deux vidéos qui célèbrent la diversité religieuse et culturelle du Québec. Le DJCM a aussi indiqué qu’il a soumis un mémoire avant l’échéance de décembre, dans lequel il souhaite un Québec ouvert et accueillant où les Québécois sont libres de vivre leur spiritualité à leur manière, quelle que soit sa forme.

Les deux vidéos sont accessibles par les liens suivants:

Le Dialogue a réuni quinze individus d’âge, de religions, de cultures et de professions différentes pour qu’ils répondent à la question : « Pour vous, que signifie être un Québécois? » Des retraités aux étudiants, l’ensemble des personnes interrogées répondent qu’être un Québécois signifie faire partie d’une communauté qui privilégie des valeurs de respect, de compréhension, d’inclusion et de tolérance.

« Pour moi, le critère pour être un Québécois c’est répondre à un critère simple énoncé par René Lévesque, que j’ai connu », dit Victor Goldbloom, un pédiatre, conférencier et politicien qui a été Commissaire aux langues officielles du Canada. « Il a dit essentiellement être Québécois, c’est vouloir être Québécois’. Au cours de mes 90 années de vie, j’ai vu évoluer notre société. J’ai vu le Québec devenir ouvert, généreux et accueillant. Je ne voudrais pas retourner aux années de contrainte que j’ai connues au cours de ma jeunesse. »

« Le CJDM veut promouvoir l’idée que nous pouvons apprendre à vivre ensemble dans l’harmonie et que nous pouvons célébrer également notre diversité » dit Catherine Jarvis, Directrice des Affaires publiques pour l’Église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour, région du Québec, et membre du comité directeur du CJDM. « L’histoire du Québec est riche et nous en faisons tous partie. C’est cet esprit que nous avons cherché à saisir dans ces vidéos et que nous voulons mettre de l’avant à la veille des audiences de la Commission.»

Dans son mémoire à la Commission de l’Assemblée Nationale, le DJCM se dit troublé par l’impression que le gouvernement, dans sa préoccupation d’assurer la neutralité de l’État, ne cherche à faire taire les religions et à les faire disparaître. Il souligne que la religion demeure importante dans la vie de bien des citoyens du Québec et motive leur engagement au service de la paix et de la justice sociale, de même que leur ouverture aux autres. Ce sont des valeurs communes positives qui devraient être bienvenues dans l’espace public plutôt que d’être refoulées dans la sphère privée. De plus, tout en reconnaissant que l’État devrait faire preuve de neutralité religieuse et que chaque personne qui incarne l’autorité publique devrait faire abstraction de ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions, le DJCM insiste sur le fait que la neutralité et l’objectivité se situent dans le coeur, dans l’esprit et dans la formation préalable, et non dans le port de vêtements ou de symboles religieux.

Le comité responsable de la préparation de ces viséos était composé de Catherine Jarvis (Église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour), la Rév. Diane Rollert (Église Unitarienne de Montréal), la Rabbin Lisa Grushcow (Temple Emanu-El-Beth Sholom), Catherine Cherry (Église catholique), la Rév. Dr. Patricia Kirkpatrick (Église anglicane) Anglican) et Ana Carina Fratta (Église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour). Le tournage et le montage ont été réalisés par Samuel Bilodeau.

Au sujet du DJCM

Fondé en 1971, le Dialogue judéo-chrétien de Montréal (DJCM), qui se réunit mensuellement, est composé de membres du clergé et de responsables laïcs engagés à renforcer les relations entre juifs et chrétiens dans la région de Montréal par la réalisation de diverses activités et projets.

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Pour plus d’information ou pour organiser des entrevues avec le Prof. Jean Duhaime, le Dr. Victor Goldbloom, la Rabbin Lisa Grushcow or la Rév. Diane Rollert, veuillez communiquer avec:

Alessandra Salituri
Tél.: 514-750-0887
Courriel: alessandra.salituri@jgoldbloom.ca

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Evangelii gaudium

Evangelii_gaudium

Le pape François a publié sous ce titre, la semaine dernière, un document important qui veut dire dans quel esprit l’évangélisation doit se réaliser. Un texte aussi qui sert, à sa façon, de conclusion au synode de l’automne 2012 sur la nouvelle évangélisation.

Les amis de la Faculté de théologie et de sciences des religions se rappelleront la rencontre très fréquentée organisée par le diocèse de Montréal et la Faculté pour préparer à ce synode. Grâce au travail, chez nous, du professeur Jean-François Roussel et du nouveau docteur Jean-Marc Barreau, dont la recherche doctorale portait sur le sujet, nous avons permis à beaucoup d’artisans de la pastorale québécoise de réfléchir sur les enjeux de ce thème.

En écho à cette activité très réussie, je vous propose un extrait du texte du pape François sur la nouvelle évangélisation.

La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi

14. À l’écoute de l’Esprit, qui nous aide à reconnaître, communautairement, les signes des temps, du 7 au 28 octobre 2012, a été célébrée la XIIIème Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques sur le thème La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. On y a rappelé que la nouvelle évangélisation appelle chacun et se réalise fondamentalement dans trois domaines.[10] En premier lieu, mentionnons le domaine de la pastorale ordinaire, « animée par le feu de l’Esprit, pour embraser les cœurs des fidèles qui fréquentent régulièrement la Communauté et qui se rassemblent le jour du Seigneur pour se nourrir de sa Parole et du Pain de la vie éternelle ».[11] Il faut aussi inclure dans ce domaine les fidèles qui conservent une foi catholique intense et sincère, en l’exprimant de diverses manières, bien qu’ils ne participent pas fréquemment au culte. Cette pastorale s’oriente vers la croissance des croyants, de telle sorte qu’ils répondent toujours mieux et par toute leur vie à l’amour de Dieu. En second lieu, rappelons le domaine des « personnes baptisées qui pourtant ne vivent pas les exigences du baptême »,[12] qui n’ont pas une appartenance du cœur à l’Église et ne font plus l’expérience de la consolation de la foi. L’Église, en mère toujours attentive, s’engage pour qu’elles vivent une conversion qui leur restitue la joie de la foi et le désir de s’engager avec l’Évangile.

Enfin, remarquons que l’évangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ». [13]

15. Jean-Paul II nous a invité à reconnaître qu’il « est nécessaire de rester tendus vers l’annonce » à ceux qui sont éloignés du Christ, « car telle est la tâche première de l’Église ».[14] L’activité missionnaire « représente, aujourd’hui encore, le plus grand des défis pour l’Église »[15] et « la cause missionnaire doit avoir la première place ».[16] Que se passerait-il si nous prenions réellement au sérieux ces paroles ? Nous reconnaîtrions simplement que l’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église. Dans cette ligne, les évêques latino-américains ont affirmé que « nous ne pouvons plus rester impassibles, dans une attente passive, à l’intérieur de nos églises »,[17] et qu’il est nécessaire de passer « d’une pastorale de simple conservation à une pastorale vraiment missionnaire ».[18] Cette tâche continue d’être la source des plus grandes joies pour l’Église : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir » (Lc 15, 7).

Bonne lecture à ceux et celles qui voudraient lire le texte complet sur le site Web du Vatican.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

« Un débat difficile », c’est ce à quoi nous conviait le ministre Bernard Drainville, le 10 septembre dernier, quand il a présenté le document d’orientation « Parce que nos valeurs, on y croit ». Je le revois encore écarter, le cœur sur la main, les critiques d’électoralisme de commentateurs politiques : Dieu, qu’on était suspicieux ! Ce que le gouvernement déposait, ce n’était pas un document définitif, mais bien le premier jalon d’une discussion publique, au cours de laquelle il allait être important d’« écouter les arguments de part et d’autre ». Nous avons bien voulu y croire.

Il y a donc deux mois que les meilleures énergies du Québec se mobilisent pour analyser ce projet, ses implications, évaluer ses possibilités juridiques, institutionnelles. À force de repasser dans les mêmes sillons de ce sol boueux et fatigué, les positions sont tranchées, les tranchées sont creusées. Cela arrive rapidement quand les principes, les passions, les répulsions et les peurs des uns et des autres se rencontrent. Le sens commun sait que la religion fait partie de ces sujets de discussion à haut potentiel polémique.

Si votre gouvernement était vraiment convaincu de la nécessité de rouvrir un débat mené de manière déjà très approfondie par la Commission Bouchard-Taylor il y a cinq ans, n’aviez-vous pas la responsabilité de veiller à ce qu’il soit fait de manière la plus ouverte possible ? N’aviez-vous pas vous-même la responsabilité d’écouter les arguments de part et d’autre ?

J’ai beau être situé moi-même dans ce débat, je peux reconnaître la générosité de plusieurs personnes et groupes qui y interviennent, même quand leurs positions me heurtent. Les principes qui s’affrontent sont le plus souvent très respectables. Sans nier certaines divergences de principes, nous nous divisons aussi au nom de valeurs que nous partageons tous pourtant : égalité des citoyens, défense des droits des femmes, libertés fondamentales, intégration des personnes immigrantes, neutralité religieuse de l’État, cohésion sociale. Nous nous tabassons à coups de verges qui pourraient être autant de perches tendues.

Je choisis de reconnaître la valeur des motivations fondamentales de ceux qui ne pensent pas comme moi. Même la xénophobie et l’islamophobie, je fais l’effort – immense – de les distinguer de la bonne foi des personnes qui les expriment, tant qu’elles ne le font pas par l’agression. Ces personnes ont peur, et on ne répond pas à la peur par le mépris ou l’hostilité, mais par le dialogue. J’écoute aussi le point de vue de personnes néo-Québécoises qui ont une expérience de l’intégrisme religieux. Tenez, ces derniers jours, je dialoguais avec une dame, elle-même originaire d’un pays de culture musulmane. L’intégrisme islamiste a mis à mal quelques pays où elle a vécu auparavant, elle ne veut pas voir ça au Québec. C’est pourquoi elle appuie votre projet sans réserve. Je ne crois pas qu’il puisse avoir quelque effet que ce soit sur les prédicateurs islamistes qu’elle redoute, sinon celui de faciliter leur propagande. Cela dit, je peux très bien comprendre que mon interlocutrice se méfie de l’intégrisme musulman.

Ce projet est devenu le point de rencontre d’un fouillis d’attentes multiples, parfois incompatibles. Les uns appuient la Charte au nom de la neutralité religieuse de l’État ; d’autres au nom de la lutte contre la religion/ l’islam, comme adversaire du progrès, ce qui est le contraire de la neutralité ; d’autres pour évacuer les signes religieux de l’espace public, ce qui n’est pas l’effet escompté de ce projet ; d’autres pour contrer l’influence de prédicateurs radicaux dans certaines mosquées, par des mesures dont l’effet en ce sens m’échappe pour le moment; d’autres pour combattre les crimes d’honneur, qu’on ne préviendra pas en disant aux potentielles victimes d’enlever leurs chapeaux; ou le terrorisme, qu’on ne repousse pas parce qu’on rédige des « balises claires » à l’intention de gens qui s’en contrefichent.

Tant d’attentes démesurées, et souvent parfaitement étrangères à la teneur de ce projet de loi… Mais vous laissez dire, vous laissez espérer. Espérez, espérez ce que vous voulez, mais espérez. La surenchère des attentes bientôt déçues prépare la vague de la prochaine marée électorale.

Il eût été tellement facile de recevoir, comme autant d’opportunités constructives, les suggestions de compromis qui convergent de toutes parts depuis deux mois. On vous en a présentées du côté de la CAQ et de Québec solidaire, dont les appuis vous auraient aidé à faire adopter votre projet. Nous avons vu comment ont été reçues les interventions de deux anciens premiers ministres péquistes. Lucien Bouchard vous démontrait qu’en retirant la seule disposition jugée excessive par l’ensemble des milieux institutionnels touchés, et en conservant tout le reste, votre projet de loi serait sans doute adopté à l’unanimité par l’Assemblée Nationale, symbole d’un Québec réuni autour de valeurs phares. Vous avez bien voulu lui reconnaître mollement le droit de s’exprimer comme citoyen… Jacques Parizeau était encore plus conciliant : il ne vous invitait pas à retirer cette disposition sur les signes religieux ostentatoires, mais à l’assouplir. Je me souviendrai longtemps de la réplique d’un Jean-François Lisée en verve, attaquant sa position comme tantôt péquiste, tantôt caquiste, tantôt libérale, tantôt Femen ; Jacques Parizeau dont l’hérésie avait été d’« écouter les arguments de part et d’autre »…

On voit maintenant le résultat. Les seules modifications au projet initial vont dans le sens d’un durcissement. « Ce gouvernement n’écoute pas ! », répétiez-vous à propos du précédent dans la crise des frais de scolarité… Vous nous avez bien eus.

Nos idées sur les libertés fondamentales, sur le sacré, sur la laïcité et sur le bien commun, méritent mieux que d’être utilisées par un gouvernement sans projet pour faire avancer son prochain autobus électoral. Par « nos idées », veuillez entendre celles des « pro-charte », celles des « inclusifs », celles de tous ceux qui défendent avec sincérité leurs convictions, devant un gouvernement qui n’en a pas beaucoup. Que nous soyons pro-charte ou inclusifs, vous ne nous méritez pas. Et c’est cela, au fond, la seule leçon de cette histoire.

Finalement, je ne jouerai pas votre jeu. Vous avez choisi de nous monter les uns contre les autres. Je décline votre invitation. Pour autant qu’ils croient à ce qu’ils défendent, je choisis d’aller vers les autres qui ne pensent pas comme moi. Même si c’est difficile. Parce que c’est difficile.

Jean-François Roussel, professeur
Faculté de théologie et de sciences des religions

Note : Une partie de ce texte a été publié dans le journal La Presse du mercredi 13 novembre 2013.

Culture ou religion

Dans notre Québec, dont beaucoup aiment souligner l’héritage judéo-chrétien, il est devenu coutumier de parler avec grand respect des communautés culturelles, y compris celles qui sont apparues récemment parmi nous. Devant la différence culturelle, le réflexe spontané que plusieurs ont développé est un désir de connaître l’autre et d’essayer de comprendre ses pratiques particulières.

Il ne faut toutefois pas se leurrer. Cette façon de faire consiste bien souvent à écarter la référence religieuse que l’on trouve gênante ou plus difficile à accueillir dans la rencontre de l’autre. Comme si on faisait le raisonnement suivant : j’accepte les différences culturelles comme des richesses, mais je me méfie des différences religieuses, qui peuvent devenir menaçantes par leur tendance à nous ramener à notre passé.

N’oublie t’on pas alors que ce que nous appelons des différences culturelles sont souvent dictées à un fort pourcentage par les traditions religieuses de ces nouveaux concitoyens. Les pratiques alimentaires, vestimentaires et comportementales que nous mettons dans le panier des différences culturelles se sont très souvent développées dans des contextes où la religion et la culture étaient très intimement liées.

Soyons honnêtes et lucides et acceptons de reconnaître les autres tels qu’ils sont : porteurs de différences qui peuvent nous aider à mieux comprendre et apprécier nos propres valeurs. Mais reconnaissons que ces différences sont tout autant, sinon plus, religieuses que culturelles.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Neutralité et signes

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Le projet de charte qui fait actuellement discuter les Québécois propose d’interdire le port de signes religieux ostentatoires pour garantir la neutralité de l’État et de ses agents : juges, policiers, intervenantes en CPE, le personnel des institutions d’enseignement jusqu’à l’université, des réseaux de la santé et autres.

Mais est-ce que ce sont les signes religieux ostentatoires qui sont les plus grandes menaces faites à la neutralité? Est-ce qu’un juge juif, que je peux souvent identifié comme tel par son nom, va être plus ou moins juif s’il porte ou pas sa kippa? Est-ce que sa neutralité à l’égard de la cause que je pourrais aller plaider devant lui tient à cette coiffure ou à d’autres composantes? Et si j’étais athée, me sentirais-je en situation de neutralité si mon juge s’appelle Joseph Saint-Louis ou Jean-Marie Saint-Denis?

La neutralité déborde de beaucoup le domaine des signes. Et même quand on est en présence de signes, on ne peut pas toujours garantir comment ils vont être interprétés. Sans compter que les signes changent de significations non seulement en raison des personnes impliquées, mais aussi des époques. Il y a quarante ans, un prêtre identifiable comme tel ne craignait pas tellement d’être arrêté pour une contravention pour vitesse excessive; il parvenait à s’expliquer avec le gendarme. Aujourd’hui, il préfèrera peut-être demeurer anonyme.

Dans le domaine de la justice, on sait que les juges, même dans un pays où le système judiciaire est réputé de qualité, ont des habitudes, des préférences et des préjugés qui peuvent attaquer leur neutralité. Les avocats les connaissent et les meilleurs savent utiliser ces caractéristiques. Même dans les sciences les plus « dures » on reconnaît l’impact de l’observateur sur les phénomènes étudiés. On oblige à comparer des expériences de laboratoires différents pour tenir compte de la non-neutralité des chercheurs.

Parler de neutralité absolue implique quelque chose d’utopique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rechercher des manières de faire qui nous mettent à l’abri des erreurs grossières. Mais entre ces extrêmes, il est sans doute préférable de nourrir des ambitions modestes et surtout de ne pas se leurrer : ce n’est pas en écartant quelques signes ostentatoires qu’on va garantir la neutralité.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Suite à la dénonciation faite par la présidente du Conseil du statut de la femme, madame Julie Miville-Dechêne, certains avancent que les nominations toutes récentes faites au Conseil sont tout à fait en accord avec la position historique de cet organisme. C’est l’argument qu’avance particulièrement Agnès Maltais, ministre responsable de la Condition féminine. Il serait opportun de rappeler que le Conseil n’a pas de position historique au sujet de la laïcité. Le Conseil a modifié considérablement son approche de la question. Par exemple, l’avis émis en 1997, Droits des femmes et diversité favorise la voie du dialogue, de la négociation plutôt qu’une approche législative. De plus, ce document établissait une distinction entre des aspects normatifs pour lesquels le recours à la loi était nécessaire et les valeurs, comme celle de l’autonomie, qui ne peuvent s’imposer par les lois. On appelait aussi au dialogue entre féministes.

Dans leurs dénonciations des diverses inégalités présentes dans les religions, il est important que les féministes qui n’adhèrent pas à des mouvements religieux conservent un respect et une ouverture d’esprit à l’endroit des femmes adeptes, et créent des ponts avec elles. C’est de cette façon que les critiques féministes seront aidantes pour celles qui, à l’intérieur des mouvements religieux, remettent en question des pratiques patriarcales. Les croyantes, quelle que soit leur foi, ont parfois le sentiment que les féministes athées ou agnostiques ne comprennent pas, ou méprisent même, leur attachement à la religion. (Conseil du statut de la femme, 1997, p. 60)

Le Conseil a vécu un changement de paradigme important. Le pluralisme était identifié auparavant comme une valeur de la société québécoise. Lorsque l’on regarde de plus près les positions du Conseil, celles-ci jusqu’en 2006 font place au dialogue de même qu’à une volonté de chercher à documenter et à comprendre le vécu religieux des Québécoises. En témoigne l’organisation du colloque Diversité de FOI, Égalité de DROITS, organisé par le Conseil en mars 2006, qui réunissait quelque 200 personnes provenant de divers horizons.

Une rupture s’est opérée lorsque le Conseil s’est doté d’une vision caricaturale de la religion, comme en fait foi cet extrait de l’Avis de 2011 Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Les religions sont absolues, totalitaristes, entières. L’excommunication guette la croyante et le croyant dissidents. Les fidèles doivent obéir à des dogmes régis par le représentant de Dieu sur terre. Devant Dieu, les humains ne sont pas tous égaux. Une personne athée brûlera en enfer, les incroyantes et incroyants ne seront pas sauvés lors du jugement dernier. (p. 47)

Sur le site du Conseil, on nous informe que le « Conseil est un organisme d’étude et de réflexion critique qui agit à l’intérieur des institutions démocratiques et à l’abri des groupes de pression. » Il y a lieu de s’interroger sur le sérieux de la recherche qui a alimenté le changement de paradigme du Conseil, de même que sur sa capacité de s’être mis à l’abri des groupes de pression dans le passé. Comment expliquer que la présidente précédente ait appuyée le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (CCIEL), en participant au lancement du Collectif tenu le 20 septembre 2009, en plus d’assurer une présence lors de divers événements promouvant une laïcité restrictive? La participation du Conseil à ce type d’événement était en rupture avec ses actions précédentes comme celle de l’organisation du colloque Diversité de FOI, Égalité de DROITS.

Il faut se réjouir de la volonté exprimée par Julie Miville-Dechêne de documenter et d’analyser l’impact des propositions gouvernementales. Souhaitons toutefois que le Conseil ait le courage de s’interroger sur ses prises de position passées afin d’être en mesure de promouvoir et de défendre les droits et les intérêts de toutes les Québécoises.

Johanne Philipps,
 doctorante
Faculté de théologie et de sciences des religions

Préciser, nuancer, svp

Publicité du Gouvernement du Québec

Dans les discussions, parfois enlevées, qui entourent le projet de Charte des valeurs québécoises, il y a une utilisation d’un argument historique qui mérite quelques nuances et précisions, à mon avis. Sans entrer dans les enjeux de fonds, je voudrais proposer une information.

Dès le point de presse du ministre Drainville qui annonçait le dépôt de ce projet, il a fait allusion aux prêtres, religieux et religieuses qui ont abandonné leurs signes identitaires religieux dans la prestation de leur service, « dans l’esprit de la révolution tranquille des années 1960 ».

S’il est peut-être vrai que certaines personnes aient choisi, dans le mouvement de la révolution tranquille, d’abandonner leurs vêtements religieux, il n’en reste pas moins que ce geste s’est surtout répandu dans l’élan du concile œcuménique appelé Vatican II. Étalé de 1963 à 1965, ce « congrès » de tous les évêques catholiques, auxquels s’étaient joints comme observateurs des représentants d’autres églises chrétiennes et d’autres religions, a favorisé un vent de renouveau qui s’accommodait bien du renoncement aux vêtements religieux et autres signes du même ordre.

Comme signe de la valeur de cette information, on peut observer qu’à mesure que le Concile Vatican II a perdu de son impact et a été interprété comme une simple correction des pratiques de l’Église, les vêtements religieux marquent une tendance à reprendre de la place.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions