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Culture ou religion

Dans notre Québec, dont beaucoup aiment souligner l’héritage judéo-chrétien, il est devenu coutumier de parler avec grand respect des communautés culturelles, y compris celles qui sont apparues récemment parmi nous. Devant la différence culturelle, le réflexe spontané que plusieurs ont développé est un désir de connaître l’autre et d’essayer de comprendre ses pratiques particulières.

Il ne faut toutefois pas se leurrer. Cette façon de faire consiste bien souvent à écarter la référence religieuse que l’on trouve gênante ou plus difficile à accueillir dans la rencontre de l’autre. Comme si on faisait le raisonnement suivant : j’accepte les différences culturelles comme des richesses, mais je me méfie des différences religieuses, qui peuvent devenir menaçantes par leur tendance à nous ramener à notre passé.

N’oublie t’on pas alors que ce que nous appelons des différences culturelles sont souvent dictées à un fort pourcentage par les traditions religieuses de ces nouveaux concitoyens. Les pratiques alimentaires, vestimentaires et comportementales que nous mettons dans le panier des différences culturelles se sont très souvent développées dans des contextes où la religion et la culture étaient très intimement liées.

Soyons honnêtes et lucides et acceptons de reconnaître les autres tels qu’ils sont : porteurs de différences qui peuvent nous aider à mieux comprendre et apprécier nos propres valeurs. Mais reconnaissons que ces différences sont tout autant, sinon plus, religieuses que culturelles.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Neutralité et signes

signes_religieux

Le projet de charte qui fait actuellement discuter les Québécois propose d’interdire le port de signes religieux ostentatoires pour garantir la neutralité de l’État et de ses agents : juges, policiers, intervenantes en CPE, le personnel des institutions d’enseignement jusqu’à l’université, des réseaux de la santé et autres.

Mais est-ce que ce sont les signes religieux ostentatoires qui sont les plus grandes menaces faites à la neutralité? Est-ce qu’un juge juif, que je peux souvent identifié comme tel par son nom, va être plus ou moins juif s’il porte ou pas sa kippa? Est-ce que sa neutralité à l’égard de la cause que je pourrais aller plaider devant lui tient à cette coiffure ou à d’autres composantes? Et si j’étais athée, me sentirais-je en situation de neutralité si mon juge s’appelle Joseph Saint-Louis ou Jean-Marie Saint-Denis?

La neutralité déborde de beaucoup le domaine des signes. Et même quand on est en présence de signes, on ne peut pas toujours garantir comment ils vont être interprétés. Sans compter que les signes changent de significations non seulement en raison des personnes impliquées, mais aussi des époques. Il y a quarante ans, un prêtre identifiable comme tel ne craignait pas tellement d’être arrêté pour une contravention pour vitesse excessive; il parvenait à s’expliquer avec le gendarme. Aujourd’hui, il préfèrera peut-être demeurer anonyme.

Dans le domaine de la justice, on sait que les juges, même dans un pays où le système judiciaire est réputé de qualité, ont des habitudes, des préférences et des préjugés qui peuvent attaquer leur neutralité. Les avocats les connaissent et les meilleurs savent utiliser ces caractéristiques. Même dans les sciences les plus « dures » on reconnaît l’impact de l’observateur sur les phénomènes étudiés. On oblige à comparer des expériences de laboratoires différents pour tenir compte de la non-neutralité des chercheurs.

Parler de neutralité absolue implique quelque chose d’utopique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rechercher des manières de faire qui nous mettent à l’abri des erreurs grossières. Mais entre ces extrêmes, il est sans doute préférable de nourrir des ambitions modestes et surtout de ne pas se leurrer : ce n’est pas en écartant quelques signes ostentatoires qu’on va garantir la neutralité.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Suite à la dénonciation faite par la présidente du Conseil du statut de la femme, madame Julie Miville-Dechêne, certains avancent que les nominations toutes récentes faites au Conseil sont tout à fait en accord avec la position historique de cet organisme. C’est l’argument qu’avance particulièrement Agnès Maltais, ministre responsable de la Condition féminine. Il serait opportun de rappeler que le Conseil n’a pas de position historique au sujet de la laïcité. Le Conseil a modifié considérablement son approche de la question. Par exemple, l’avis émis en 1997, Droits des femmes et diversité favorise la voie du dialogue, de la négociation plutôt qu’une approche législative. De plus, ce document établissait une distinction entre des aspects normatifs pour lesquels le recours à la loi était nécessaire et les valeurs, comme celle de l’autonomie, qui ne peuvent s’imposer par les lois. On appelait aussi au dialogue entre féministes.

Dans leurs dénonciations des diverses inégalités présentes dans les religions, il est important que les féministes qui n’adhèrent pas à des mouvements religieux conservent un respect et une ouverture d’esprit à l’endroit des femmes adeptes, et créent des ponts avec elles. C’est de cette façon que les critiques féministes seront aidantes pour celles qui, à l’intérieur des mouvements religieux, remettent en question des pratiques patriarcales. Les croyantes, quelle que soit leur foi, ont parfois le sentiment que les féministes athées ou agnostiques ne comprennent pas, ou méprisent même, leur attachement à la religion. (Conseil du statut de la femme, 1997, p. 60)

Le Conseil a vécu un changement de paradigme important. Le pluralisme était identifié auparavant comme une valeur de la société québécoise. Lorsque l’on regarde de plus près les positions du Conseil, celles-ci jusqu’en 2006 font place au dialogue de même qu’à une volonté de chercher à documenter et à comprendre le vécu religieux des Québécoises. En témoigne l’organisation du colloque Diversité de FOI, Égalité de DROITS, organisé par le Conseil en mars 2006, qui réunissait quelque 200 personnes provenant de divers horizons.

Une rupture s’est opérée lorsque le Conseil s’est doté d’une vision caricaturale de la religion, comme en fait foi cet extrait de l’Avis de 2011 Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Les religions sont absolues, totalitaristes, entières. L’excommunication guette la croyante et le croyant dissidents. Les fidèles doivent obéir à des dogmes régis par le représentant de Dieu sur terre. Devant Dieu, les humains ne sont pas tous égaux. Une personne athée brûlera en enfer, les incroyantes et incroyants ne seront pas sauvés lors du jugement dernier. (p. 47)

Sur le site du Conseil, on nous informe que le « Conseil est un organisme d’étude et de réflexion critique qui agit à l’intérieur des institutions démocratiques et à l’abri des groupes de pression. » Il y a lieu de s’interroger sur le sérieux de la recherche qui a alimenté le changement de paradigme du Conseil, de même que sur sa capacité de s’être mis à l’abri des groupes de pression dans le passé. Comment expliquer que la présidente précédente ait appuyée le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (CCIEL), en participant au lancement du Collectif tenu le 20 septembre 2009, en plus d’assurer une présence lors de divers événements promouvant une laïcité restrictive? La participation du Conseil à ce type d’événement était en rupture avec ses actions précédentes comme celle de l’organisation du colloque Diversité de FOI, Égalité de DROITS.

Il faut se réjouir de la volonté exprimée par Julie Miville-Dechêne de documenter et d’analyser l’impact des propositions gouvernementales. Souhaitons toutefois que le Conseil ait le courage de s’interroger sur ses prises de position passées afin d’être en mesure de promouvoir et de défendre les droits et les intérêts de toutes les Québécoises.

Johanne Philipps,
 doctorante
Faculté de théologie et de sciences des religions

Préciser, nuancer, svp

Publicité du Gouvernement du Québec

Dans les discussions, parfois enlevées, qui entourent le projet de Charte des valeurs québécoises, il y a une utilisation d’un argument historique qui mérite quelques nuances et précisions, à mon avis. Sans entrer dans les enjeux de fonds, je voudrais proposer une information.

Dès le point de presse du ministre Drainville qui annonçait le dépôt de ce projet, il a fait allusion aux prêtres, religieux et religieuses qui ont abandonné leurs signes identitaires religieux dans la prestation de leur service, « dans l’esprit de la révolution tranquille des années 1960 ».

S’il est peut-être vrai que certaines personnes aient choisi, dans le mouvement de la révolution tranquille, d’abandonner leurs vêtements religieux, il n’en reste pas moins que ce geste s’est surtout répandu dans l’élan du concile œcuménique appelé Vatican II. Étalé de 1963 à 1965, ce « congrès » de tous les évêques catholiques, auxquels s’étaient joints comme observateurs des représentants d’autres églises chrétiennes et d’autres religions, a favorisé un vent de renouveau qui s’accommodait bien du renoncement aux vêtements religieux et autres signes du même ordre.

Comme signe de la valeur de cette information, on peut observer qu’à mesure que le Concile Vatican II a perdu de son impact et a été interprété comme une simple correction des pratiques de l’Église, les vêtements religieux marquent une tendance à reprendre de la place.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Alpinistes

Vous connaissez la réponse de cet alpiniste à qui on demandait pourquoi il pratiquait ce sport si dangereux. « Parce que la montagne est là. » Il y a aussi des étudiants en théologie et en sciences des religions, comme en philosophie d’ailleurs, qui s’attaquent à ces disciplines, parfois austères et souvent difficiles, parce que les questions sont là. Mais cela ne suffit pas à assurer le pain quotidien. Alors pourquoi faire de la théologie ou des sciences des religions?

Autrefois, les chemins étaient bien tracés devant les étudiants d’une faculté comme la nôtre. Les besoins en services du religieux, pasteurs, professeurs, intervenants, catéchètes, animateurs et j’en passe, étaient connus et offraient des emplois recherchés. Beaucoup de ces emplois sont disparus, même si les besoins persistent et c’est un des défis de nos étudiants : trouver un moyen d’intervention pour répondre aux besoins tels qu’ils s’imposent aujourd’hui.

Mais il y a plus que ces domaines clairement identifiés comme religieux. Un étudiant en théologie ou en sciences des religions est quelqu’un qui a choisi une formation qui devrait le rendre expert en humanité, comme le disait jadis Paul VI devant l’assemblée de l’ONU. Le religieux représente en effet une des préoccupations les plus anciennes et les plus constantes de l’histoire de l’humanité. Bien plus, ces préoccupations ont évolué à mesure que l’humanité se développait et les spécialistes en religieux sont en quelque sorte des spécialistes des progrès de l’humanité dans son développement. Bien sûr, pour travailler à ce développement aujourd’hui il faut consentir à transformer les connaissances acquises durant la formation et à faire preuve de créativité face aux tâches qui nous attendent.

Nous restons préoccupés à la Faculté d’identifier des lieux éventuels de travail, mais nous sommes convaincus que les étudiants, s’ils sont créatifs, sont les meilleurs pour mener cette tâche à bien.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Encadrement

Dans mon message précédent, j’ai parlé des parcours académiques qui seront offerts à la Faculté de théologie et de sciences des religions aux étudiants qui s’inscrivent au premier cycle. Par cette mesure, nous avons voulu fournir des balises à l’intérieur de nos programmes très souples.

En plus, nous avons pensé qu’il serait intéressant que les étudiants soient bien accompagnés dans la gestion de leur programme et en particulier de leur parcours.

Il y aura donc, à partir du moment où l’étudiant accède à la majeure, des mesures d’intégration qui seront mises en place pour que l’étudiant prenne lui-même conscience du chemin parcouru et de celui qui l’attend, s’il veut atteindre ses objectifs. Un outil fera aussi partie de cette offre : le portfolio, où seront inscrits les cours suivis, les compétences enregistrées et le reste, sous la supervision des professeurs.

Mais dès cette année, les nouveaux inscrits se verront attribués un professeur tuteur qui aura comme tâche l’accompagnement pédagogique. Avec un minimum de rencontres, on veut ainsi offrir à l’étudiant un encadrement qui le rassure sur les objectifs visés, l’informe sur les moyens à privilégier et enregistre les acquis.

On peut donc dire que, si nos programmes ont gagné en accessibilité, les étudiants n’ont rien perdu au change, car ils peuvent compter sur un encadrement sur mesure qui va les mener à la réussite.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

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Tout au long des discussions menées à la Faculté de théologie et de sciences des religions au sujet des nouveaux programmes dont je vous parlais dans mon texte précédent, une objection revenait tout le temps : « Des programmes souples et simples sont-ils encore des vrais programmes? Est-ce que les étudiants vont se sentir suffisamment guidés et accompagnés sans les contraintes des anciens programmes? »

Il est bien utile, en effet, sinon nécessaire, qu’un programme propose des balises pour aider l’étudiant à atteindre ses objectifs. Nous avons donc réfléchi à la question et nous sommes arrivés à la solution suivante : offrir des parcours qui permettent à un étudiant de choisir ses cours en fonction de l’objectif qui l’a amené à la Faculté. À l’intérieur des deux grandes orientations, théologie ou sciences des religions, il y a donc des parcours plus scientifiques ou pratiques, en liens avec des orientations professionnelles ou autres. Quatre parcours en tout, qui aident dans le choix des cours et qui tracent une ligne directrice pour guider l’étudiant tout au long de son programme. Le guide des études de premier cycle les présente clairement et pédagogiquement.

Est-ce suffisant ou faut-il encore prévoir d’autres mesures? J’y reviens bientôt en parlant des mesures d’intégration.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

On repart!

poupées russes

Après un congé qui avait l’air de vacances de l’école primaire, il est temps de repartir. Le blogue du doyen n’est pas mort; il a pris une pause pour mieux se relancer.

Je voudrais tout de suite commencer par une précision : le nouveau départ n’est pas seulement celui du blogue, mais aussi de la Faculté de théologie et de sciences des religions. Des rumeurs de toutes sortes ne finissent plus de circuler, qui annoncent la fin de la théologie ou même la disparition prochaine de la Faculté. Il faut remettre les pendules à l’heure.

La Faculté ne ferme pas et la théologie sera encore enseignée dans ses programmes. Dès la rentrée de septembre les étudiants seront invités à s’inscrire dans une démarche progressive qui pourra les mener au baccalauréat en théologie ou en sciences des religions. Progressive, la démarche reçoit d’abord à une mineure en sciences religieuses, puis à une majeure en théologie ou en sciences des religions et enfin au baccalauréat en sciences religieuses, orientation théologie ou sciences des religions. Une formule simple et souple qui permet une formation de qualité, entre autres en raison des parcours de formation suggérés. J’y reviendrai dans un prochain blogue.

Je termine aujourd’hui avec une invitation : svp, réagissez sur le site même du blogue, de façon à instaurer un dialogue. Vous êtes encore trop nombreux à m’envoyer des courriels à mon adresse en réaction à mes textes. Cela permet un échange à deux, mais l’idée du blogue est d’ouvrir la conversation à plusieurs. Allez-y, sans crainte.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

Habemus_papam

Inutile de prétendre vous faire un portrait de celui que je connais encore moins que certains autres candidats dont on avait vanté les qualités, mais qui ne me sont pas pour autant familiers. Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, âgé de 76 ans, vient d’Argentine, et il est d’origine italienne. Pour l’heure, c’est mon savoir.

Il me semble opportun toutefois de souligner la portée symbolique de son choix. Un précédent presque égal à celui de la renonciation de Benoit XVI. Après un pape qui se retire, un remplaçant qui vient d’Amérique latine. Deux événements dont le caractère inédit ne peut pas rester inaperçu. Faut-il y voir un signe qu’il y a dans l’Église une vitalité qui a échappé aux observateurs les mieux informés? Pour ma part, j’y vois un signe d’espérance. Dans une Église dont on s’était presque habitué à ne plus attendre, voici qu’on nous en sert deux, et de taille, en quelques semaines.

Lire le texte complet sur le site web de La Presse.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

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Un article de Serge Larivée, Carole Sénéchal et Geneviève Chénard à paraître dans Sciences religieuses, mais déjà disponible par internet, a soulevé quelques questions et a valu des appels à la Faculté de théologie et de sciences des religions.

Malgré les indications claires des articles parlant de ce sujet dans le journal Forum ou sur le site de l’Université de Montréal, des personnes nous demandent si ces professeurs sont de notre faculté et quelles sont leurs compétences pour traiter semblable sujet. Ces professeurs ne sont pas de la FTSR, mais ils ont la compétence requise pour faire le travail qu’ils ont accompli.

Quel est le sens de la recherche qui a mené à cet article? Les auteurs s’en expliquent et ils cherchaient des témoins d’altruisme dans le monde actuel. Mère Teresa leur était apparue un modèle possible, mais qui n’a pas bien survécu à un examen un peu plus serré.

Que dit cet article au sujet de Mère Teresa? Pas grand-chose de plus que ce qui était déjà connu, puisqu’il reprend des études déjà publiées pour proposer son point de vue. Les questions soulevées au sujet de Mère Teresa circulent déjà depuis de nombreuses années et reçoivent une attention plus ou moins attentive, selon les convictions préalables des personnes.

Est-ce une bonne recherche? La recherche est meilleure que le laisse entendre les articles qui en parlent. On pourrait reprocher peut-être l’emploi abusif d’un mot ou l’autre, mais en général, le texte se défend bien et pose des questions sérieuses à envisager dans tous les cas où on veut accorder la sainteté de façon précipitée.

Finalement, si cela vous intéresse encore après ce que je viens de dire, je vous recommande la lecture de l’article issu de la recherche et déjà disponible en ligne.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions