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Posts Tagged ‘religieux’

L’Université de Montréal est actuellement engagée dans une profonde réflexion portant sur l’ensemble de son organisation académique. L’objectif poursuivi est d’assurer une plus grande synergie entre les unités académiques afin de consolider ses pôles d’excellence et permettre le développement d’une plus grande interdisciplinarité dans un contexte de recherche et d’enseignement marqué par une plus grande complexité des questions et des problématiques.

C’est sur ce fond de scène que la Faculté de théologie et de sciences des religions a été invitée par la direction de l’Université à examiner les pistes de collaboration avec la Faculté des arts et des sciences afin d’assurer un plus grand développement de l’enseignement et de la recherche en théologie et en sciences des religions.

Comme nous pouvons tous l’observer, la question religieuse est de plus en plus présente dans l’actualité. Elle s’impose comme l’un des éléments incontournables dans les relations internationales tant aux plans politique que culturel ou économique. Plus près de nous, la diversité culturelle et religieuse, la pluralité des croyances et des appartenances interpellent les pratiques professionnelles tant dans le monde de la santé que dans celui de l’éducation ou de l’intervention psycho-sociale. Ces diverses réalités appellent une collaboration plus grande entre les disciplines universitaires qui s’intéressent à l’étude du religieux de façon à mieux répondre aux défis de la recherche et aux besoins de formation.

Au cours des prochains mois, la Faculté de théologie et de sciences des religions et la Faculté des arts et des sciences mèneront donc une réflexion commune axée sur la mise en œuvre de cette collaboration et sur les meilleurs moyens d’en assurer l’efficacité et la pérennité. Nous vous invitons à suivre l’évolution de ce dossier sur le site Internet de la Faculté et à nous faire part de vos souhaits et suggestions quant au développement de la théologie et des sciences des religions à l’Université de Montréal.

Jean-Marc Charron
administrateur exerçant la fonction de doyen

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Le projet de charte qui fait actuellement discuter les Québécois propose d’interdire le port de signes religieux ostentatoires pour garantir la neutralité de l’État et de ses agents : juges, policiers, intervenantes en CPE, le personnel des institutions d’enseignement jusqu’à l’université, des réseaux de la santé et autres.

Mais est-ce que ce sont les signes religieux ostentatoires qui sont les plus grandes menaces faites à la neutralité? Est-ce qu’un juge juif, que je peux souvent identifié comme tel par son nom, va être plus ou moins juif s’il porte ou pas sa kippa? Est-ce que sa neutralité à l’égard de la cause que je pourrais aller plaider devant lui tient à cette coiffure ou à d’autres composantes? Et si j’étais athée, me sentirais-je en situation de neutralité si mon juge s’appelle Joseph Saint-Louis ou Jean-Marie Saint-Denis?

La neutralité déborde de beaucoup le domaine des signes. Et même quand on est en présence de signes, on ne peut pas toujours garantir comment ils vont être interprétés. Sans compter que les signes changent de significations non seulement en raison des personnes impliquées, mais aussi des époques. Il y a quarante ans, un prêtre identifiable comme tel ne craignait pas tellement d’être arrêté pour une contravention pour vitesse excessive; il parvenait à s’expliquer avec le gendarme. Aujourd’hui, il préfèrera peut-être demeurer anonyme.

Dans le domaine de la justice, on sait que les juges, même dans un pays où le système judiciaire est réputé de qualité, ont des habitudes, des préférences et des préjugés qui peuvent attaquer leur neutralité. Les avocats les connaissent et les meilleurs savent utiliser ces caractéristiques. Même dans les sciences les plus « dures » on reconnaît l’impact de l’observateur sur les phénomènes étudiés. On oblige à comparer des expériences de laboratoires différents pour tenir compte de la non-neutralité des chercheurs.

Parler de neutralité absolue implique quelque chose d’utopique. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas rechercher des manières de faire qui nous mettent à l’abri des erreurs grossières. Mais entre ces extrêmes, il est sans doute préférable de nourrir des ambitions modestes et surtout de ne pas se leurrer : ce n’est pas en écartant quelques signes ostentatoires qu’on va garantir la neutralité.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

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Publicité du Gouvernement du Québec

Dans les discussions, parfois enlevées, qui entourent le projet de Charte des valeurs québécoises, il y a une utilisation d’un argument historique qui mérite quelques nuances et précisions, à mon avis. Sans entrer dans les enjeux de fonds, je voudrais proposer une information.

Dès le point de presse du ministre Drainville qui annonçait le dépôt de ce projet, il a fait allusion aux prêtres, religieux et religieuses qui ont abandonné leurs signes identitaires religieux dans la prestation de leur service, « dans l’esprit de la révolution tranquille des années 1960 ».

S’il est peut-être vrai que certaines personnes aient choisi, dans le mouvement de la révolution tranquille, d’abandonner leurs vêtements religieux, il n’en reste pas moins que ce geste s’est surtout répandu dans l’élan du concile œcuménique appelé Vatican II. Étalé de 1963 à 1965, ce « congrès » de tous les évêques catholiques, auxquels s’étaient joints comme observateurs des représentants d’autres églises chrétiennes et d’autres religions, a favorisé un vent de renouveau qui s’accommodait bien du renoncement aux vêtements religieux et autres signes du même ordre.

Comme signe de la valeur de cette information, on peut observer qu’à mesure que le Concile Vatican II a perdu de son impact et a été interprété comme une simple correction des pratiques de l’Église, les vêtements religieux marquent une tendance à reprendre de la place.

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

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La mixité culturelle se retrouve partout, de sorte qu’au Québec, on vit une forme de cosmopolitisme religieux. La religion aiderait-elle au vivre-ensemble? Une recherche a creusé cette question.

Le pluralisme religieux : une convivialité possible? Cette question a fait l’objet d’une journée d’étude organisée par le Centre Justice et foi (CJF) et le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CÉETUM). Deux thèmes y étaient traités : les croyants au Québec et le rôle des groupes religieux dans l’intégration des immigrants. Pour la majorité catholique notamment, il devient indispensable de bien connaître la réalité socioreligieuse actuelle afin de contribuer activement à la qualité du vivre-ensemble au Québec. C’est du moins ce qu’a estimé le CJF en organisant cette journée. Des chercheurs du Groupe de recherche en diversité urbaine (GRDU) y ont présenté le résultat d’observations recueillies auprès de 155 groupes religieux issus de Montréal et d’autres régions. Composés d’immigrants ou de natifs, ces groupes représentent l’éventail des religions présentes ici. À l’automne, le bulletin Vivre ensemble (CJF) fera paraître le texte des conférences, et les rapports préliminaires de cette recherche ethnographique sont disponibles en ligne [1].

La religion serait source de problèmes entre la majorité – naguère catholique, mais aujourd’hui distanciée de l’institution ecclésiale et réclamant la laïcité – et les immigrants, exigeant sans cesse des « accomodements » religieux. Les données de la recherche invitent à plus de nuances! On y décèle, de fait, une sorte d’« invisibilité du religieux » au Québec. Parmi les Québécois « de souche » se trouvent des catholiques pratiquants actifs. Cependant, plusieurs préfèrent plutôt parler de spiritualité et adopter des trajectoires spirituelles individuelles. Certains puisent à diverses sources religieuses tout en maintenant un imaginaire religieux chrétien. D’autres se disent « sans religion », alors qu’ils sont plutôt sans affiliation religieuse fixe. Un bon nombre demeurent croyants, en quête d’une expérience subjective de la transcendance. Difficilement dénombrable en raison de pratiques communautaires aléatoires ou inexistantes, ils sont « invisibles ».

Il y a 800 lieux de culte répertoriés à Montréal et les immigrants – majoritairement catholiques – sont considérés plus pratiquants que la population locale. Malgré cela, le religieux est également « invisible » parmi eux. En effet, plusieurs se montrent discrets quant à leur appartenance religieuse, ne fréquentent pas de lieux de culte, s’en tiennent à des pratiques privées ou n’ont pas de lieux de rassemblement. Les chercheurs estiment que la diversité religieuse est autant le fait de la majorité sociale que celui des immigrants et qu’il y aurait une « majorité silencieuse » de croyants au Québec.

Le discours sur la religion ou la spiritualité comme facteur de guérison et de santé se trouve dans tous les groupes religieux à cause du sens qu’il donne aux difficultés de la vie. L’engagement communautaire pour combattre les inégalités sociales sert aussi de dénominateur commun entre groupes religieux et un certain niveau de confiance réciproque alimente la convivialité intragroupe et intergroupe. La mixité culturelle se retrouve partout, de sorte qu’au Québec, on vit une forme de cosmopolitisme religieux fait d’ouverture, sans pour autant mener à des conversions. Par ailleurs, les groupes religieux d’immigrants jouent un rôle essentiel dans l’insertion sociale de leurs membres par la variété des ressources et des services offerts. Ils servent de médiateurs efficaces entre la société d’accueil et les nouveaux arrivants. L’environnement québécois est assez favorable aux religiosités des immigrants qui, pour la plupart, cherchent à adapter leurs pratiques à leur nouveau contexte de vie.

Les tensions avec la société d’accueil surgissent davantage des rapports familiaux entre la première et la deuxième génération, les jeunes préconisant l’abandon de la langue d’origine et l’adoption des pratiques culturelles d’ici. L’autre source de tensions pour les immigrants croyants et pratiquants réside dans la confrontation de modèles familiaux contraires à leurs prescriptions religieuses (mariage, rôle de l’homme et de la femme, autorité parentale, etc.).

Sans vouloir gommer les tensions existantes, on peut affirmer que la convivialité religieuse est ici possible. La recherche invalide l’idée que les différences religieuses sont nécessairement source de conflits et de ghettoïsation. La religion peut être vue comme facteur de rapprochement interculturel. L’engagement pour la justice et pour des causes humanitaires est le mode d’interaction à privilégier pour favoriser la connaissance mutuelle et un vivre-ensemble harmonieux entre groupes religieux.

Christine Cadrin-Pelletier, collaboration spéciale

Christine Cadrin-Pelletier a fait ses études universitaires en psychologie et en théologie. Après avoir travaillé en tant qu’agente de pastorale aux Services diocésains de Québec, elle a poursuivi sa carrière au Ministère de l’éducation où elle a été successivement professionnelle, directrice de la Direction de l’enseignement catholique, sous-ministre associée pour la foi catholique et enfin secrétaire aux affaires religieuses après la déconfessionnalisation du système scolaire. Retraitée de la fonction publique depuis 2005, elle demeure maintenant à Montréal auprès de ses fils et de leur famille.

[1] Pour un aperçu des rapports de recherche, voir la version électronique des documents de travail en voie de publication.

Source : Sentiersdefoi.info 104 (reproduit avec autorisation)

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