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Posts Tagged ‘stratégies’

Mes premiers vrais souvenirs d’une campagne électorale remontent à l’époque de Maurice Duplessis. On était alors mis en garde contre les dangers de la « menace communiste » et des « œufs polonais ». Un exemple entre mille de la hauteur des arguments utilisés dans ce temps que je croyais révolu.

La présente campagne est toutefois en train de semer le doute dans mon esprit. Est-il possible de retourner en arrière, aussi loin et aussi rapidement, qu’on semble le faire actuellement? Difficile de vous proposer des exemples concrets sans être soupçonné de favoriser un parti ou l’autre. Je vous laisse donc construire votre liste personnelle des abus de langage et des vérités trafiquées. Malgré les efforts quotidiens de Radio-Canada pour évaluer les positions de nos candidats actuels, ces derniers, et ici le masculin inclut le féminin, continuent de répéter ce qu’il faudrait au moins nuancer, sinon définitivement ne plus affirmer comme vrai.

La surenchère verbale ne connaît plus de limites et tout le monde semble être porté par une prescription qui enlève toute inhibition. Plus personne n’entend la voix qui lui recommanderait au moins un peu de modération.

Pendant ce temps, des personnes, plus ou moins organisées, ne cessent d’attirer, sans succès, l’attention des politiciens à leurs problèmes. À quelques jours du vote, les stratégies se multiplient pour convaincre les électeurs de voter d’un côté ou l’autre, sans tenir compte ni de leurs attentes ni de leurs besoins. La peur et la tromperie sont devenues les maîtresses du discours et si quelqu’un renonce à les utiliser, on peut douter de son sens politique et de ses chances de succès.

Toujours dans la même campagne, tout le monde se drape d’honnêteté, de probité et de transparence. À croire que les mots ne veulent plus rien dire.

Je sais que des commentaires comme ceux qui précèdent se méritent souvent la réplique suivante : « On a les politiciens qu’on mérite. » Et ce n’est pas faux. On est de plus en plus passé à la politique spectacle et la très grande majorité attend de ce spectacle la même chose que des autres : un divertissement. Si en plus, il est possible de couronner un gagnant populaire, tout le monde est satisfait. Apparemment. Car je ne suis pas convaincu que les militants des différents partis qui offrent des heures de bénévolat se reconnaîtraient dans le rôle de saltimbanque. Je ne suis pas certain non plus que tous les candidats et candidates se contentent de s’offrir en spectacle. Mais il y a trop de personnes qui sont prises dans le jeu de la campagne. Il y a parfois des sages qui proposent de limiter le nombre de sondages durant une campagne. Pour éviter de trop influencer l’électorat. Faudrait-il aussi limiter le nombre d’heures vouées aux « informations » sur la campagne? Avec les réseaux d’information continue, rares sont les électeurs qui ont encore le goût de prendre le temps de réfléchir et de critiquer cette masse d’informations, à la limite bien indigeste.

Mais suis-je à mon tour en train de « déraper »? Peut-être que je me livre au même abus en parlant de pâquerettes : qu’est-ce que j’ai contre ces pauvres fleurs?

Jean-Claude Breton, doyen
Faculté de théologie et de sciences des religions

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